Projet 1 — Textes et documents d'histoire › Introduire un témoignage
Introduire un témoignage — Compréhension de l'oral
- التعرّف، بالاستماع، على نصّ شهادة من خلال ضمير المتكلّم ومشاركة الراوي في الحدث
- التمييز بين المؤرّخ الذي ينسحب من نصّه والشاهد الذي يصبح شخصية فيه
- التقاط التواريخ والساعات وأسماء الأعلام أثناء الاستماع وتدوينها
- تعليل استعمال زمن المستقبل في رواية حدث ماضٍ، وشرح كلمة من سياقها
- خصائص النصّ التاريخيّ الموضوعيّ وانسحاب كاتبه
- قراءة التواريخ والساعات بالفرنسية
- أخذ رؤوس أقلام أثناء الاستماع دون كتابة كلّ شيء
Le document à écouter
Le 29 octobre 1954, Laghrour Abbès rentra de Batna où il venait d'assister à une réunion présidée par Benboulaid et Chihani. Nous nous sommes réunis chez moi à 21 heures. Après l'ouverture de la séance, Laghrour me confia la lecture en français de deux textes. L'un n'était formé que d'un seul feuillet ronéotypé ; c'était un tract provenant de l'Armée de Libération Nationale, court, simple et devant être largement diffusé au sein de la population. L'autre, composé de deux feuillets, était une proclamation du Front de Libération Nationale définissant clairement la plate-forme politique du F.L.N. Les deux tracts avaient en en-tête deux petits drapeaux vert et blanc entrecroisés et frappés du croissant et de l'étoile rouges. C'est la première fois que l'on entendit parler de ce mouvement révolutionnaire. Nous étions tous très émus à la suite de la lecture de ces tracts. Laghrour, plongé dans de profondes pensées, ne disait rien. Ougad avait les larmes aux yeux. Quant à Benabès, il disait sans cesse : « Allah Ouakbar (Dieu est grand), le grand jour est enfin arrivé ». D'un ton solennel, Laghrour nous informa officiellement que le jour «J» était fixé pour la nuit du dimanche 31 octobre 1954 au lundi 1er novembre 1954. L'heure « H » : 1 heure du matin. Les attaques auront lieu simultanément dans toute l'Algérie à la même heure - les mots de passe pour les opérations de cette nuit étaient «Khaled» et «Okba» - Laghrour nous recommanda de garder pour nous la date et l'heure et de ne les communiquer à nos combattants que le dimanche. Ensuite, on procéda à la répartition des tâches. SOURCE — Salem Boubakeur, Le 1er novembre à Khenchela, dans Récits de feu, présentés par Mahfoud Kaddache, Ed. SNED, 1976.
Première écoute — ce que tu repères sans rien noter
Qui raconte : un historien, un écrivain ou un témoin de l'événement ? Qu'as-tu entendu qui te permet de le dire ?Qui raconte : un historien, un écrivain ou un témoin de l'événement ? Qu'as-tu entendu qui te permet de le dire ?من يروي: مؤرّخ، أم كاتب، أم شاهد على الحدث؟ ما الذي سمعته ويسمح لك بالحكم؟
Un témoin — et plus exactement un participant. Il ne raconte pas ce qu'il a lu : il raconte ce qu'il a fait. L'oreille l'attrape tout de suite, parce que le narrateur se désigne sans cesse : — « Nous nous sommes réunis chez moi » ; — « Laghrour me confia la lecture en français de deux textes » ; — « Nous étions tous très émus » ; — « de ne les communiquer à nos combattants que le dimanche ». La source le confirme : le récit est de Salem Boubakeur, et il figure dans un recueil, « Récits de feu », que présente l'historien Mahfoud Kaddache. L'historien rassemble les récits ; le témoin, lui, les a vécus.
De quel moment de l'Histoire ce témoignage parle-t-il ? Et où s'arrête-t-il ?De quel moment de l'Histoire ce témoignage parle-t-il ? Et où s'arrête-t-il ?عن أيّ لحظة من التاريخ تتحدّث هذه الشهادة؟ وأين تتوقّف؟
Il parle de la veille du 1er novembre 1954, vue de Khenchela : l'arrivée des tracts de l'A.L.N. et du F.L.N., leur lecture, puis l'annonce du jour « J » et de l'heure « H ». Et il s'arrête avant l'action : « Ensuite, on procéda à la répartition des tâches. » Pas un mot sur les attaques elles-mêmes. ⟹ C'est ce que seul un témoin peut offrir. La chronologie de l'Histoire dit en une ligne « 1er novembre 1954. Déclenchement de la révolution algérienne. » ; le témoin, lui, fait entendre la pièce où l'on apprend que cela va arriver.
Compare avec les documents d'Histoire que tu as déjà écoutés : qu'entends-tu ici que tu n'entendais jamais là-bas ?Compare avec les documents d'Histoire que tu as déjà écoutés : qu'entends-tu ici que tu n'entendais jamais là-bas ?قارن بالوثائق التاريخية التي استمعت إليها من قبل: ما الذي تسمعه هنا ولم تكن تسمعه هناك؟
Trois choses, et elles sautent à l'oreille : — un « je » et un « nous » : le narrateur est dans la pièce, avec les autres ; — des émotions : « très émus », « les larmes aux yeux », « plongé dans de profondes pensées » ; — des voix : on entend Benabès répéter « le grand jour est enfin arrivé ». Dans une chronologie ou chez un historien, rien de tout cela : le scripteur s'efface. Ici, au contraire, celui qui raconte fait partie de ce qu'il raconte. C'est la marque du témoignage.
Deuxième écoute — ce que tu notes
Quelles dates et quelles heures as-tu notées ?Quelles dates et quelles heures as-tu notées ?ما التواريخ والساعات التي دوّنتها؟
— le 29 octobre 1954 : Laghrour rentre de Batna ; — 21 heures : la réunion chez le narrateur ; — la nuit du dimanche 31 octobre 1954 au lundi 1er novembre 1954 : le jour « J » ; — 1 heure du matin : l'heure « H » ; — le dimanche : le jour où les combattants seront prévenus. ⟹ Un témoin n'est pas un conteur approximatif : il date à l'heure près, comme l'historien. Ce qu'il ajoute à l'historien, ce n'est pas du flou — c'est son vécu.
Quels noms propres as-tu entendus ? Que représentent, dans le récit, les personnes citées ?Quels noms propres as-tu entendus ? Que représentent, dans le récit, les personnes citées ?ما أسماء الأعلام التي سمعتها؟ وماذا تمثّل الشخصيات المذكورة في الرواية؟
| Nom | Ce que c'est | Ce que le récit en dit |
|---|---|---|
| Laghrour Abbès | une personne | rentre de la réunion de Batna, ouvre la séance, annonce le jour « J » et l'heure « H » |
| Benboulaid et Chihani | deux personnes | ont présidé la réunion de Batna |
| Ougad | une personne | a les larmes aux yeux |
| Benabès | une personne | répète « le grand jour est enfin arrivé » |
| Batna · Khenchela | deux villes | Batna, lieu de la réunion d'où revient Laghrour ; Khenchela, où le titre situe le récit |
| A.L.N. · F.L.N. | deux organisations | les auteurs des deux tracts |
| « Khaled » · « Okba » | deux mots de passe | pour les opérations de la nuit |
Toutes ces personnes sont des acteurs du déclenchement : le récit les montre en train de le préparer. Et le narrateur est l'un d'eux — c'est à lui que Laghrour confie la lecture des tracts.
Relève les expressions qui montrent que ces hommes ont conscience de vivre un grand moment.Relève les expressions qui montrent que ces hommes ont conscience de vivre un grand moment.استخرج العبارات التي تبيّن أنّ هؤلاء الرجال يدركون أنّهم يعيشون لحظة عظيمة.
— « Nous étions tous très émus à la suite de la lecture de ces tracts » ; — « Laghrour, plongé dans de profondes pensées, ne disait rien » ; — « Ougad avait les larmes aux yeux » ; — « le grand jour est enfin arrivé », que Benabès répète sans cesse ; — « D'un ton solennel, Laghrour nous informa officiellement » ; — « C'est la première fois que l'on entendit parler de ce mouvement révolutionnaire ». ⟹ Remarque que chacun réagit à sa façon — le silence, les larmes, la parole répétée. Le témoin ne dit pas « c'était un moment historique » : il montre ce moment sur les visages.
« Les attaques auront lieu simultanément dans toute l'Algérie » : pourquoi un futur, dans le récit d'un fait passé ?« Les attaques auront lieu simultanément dans toute l'Algérie » : pourquoi un futur, dans le récit d'un fait passé ?لماذا جاء الفعل في المستقبل (futur) في رواية حدث ماضٍ؟
Parce que le narrateur se replace au moment de la réunion, fin octobre 1954, et rapporte les consignes telles qu'elles ont été données ce soir-là. À cet instant, les attaques n'ont pas encore eu lieu : elles sont prévues pour la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Vu de la réunion, c'est l'avenir — d'où le futur, « auront lieu ». ⟹ Le futur fait entendre la décision comme les hommes l'ont reçue : un plan, pas encore un fait. L'auditeur, qui connaît la suite, sait ce que les participants ne savaient pas encore.
« D'un ton solennel, Laghrour nous informa… » : que veut dire « solennel » ? Pourquoi ce ton, d'après la date du titre ?« D'un ton solennel, Laghrour nous informa… » : que veut dire « solennel » ? Pourquoi ce ton, d'après la date du titre ?ما معنى « solennel »؟ ولماذا هذه النبرة، انطلاقا من التاريخ الوارد في العنوان؟
Solennel : grave et cérémonieux, comme on parle dans les grandes occasions. Et l'occasion est la plus grande qui soit : le titre donne la date du 1er novembre 1954, celle que la chronologie de l'Histoire enregistre comme le déclenchement de la révolution algérienne. Laghrour n'annonce pas une nouvelle ordinaire : il annonce le début de la lutte armée. ⟹ Le mot est renforcé par son voisin, « officiellement » : ce n'est plus une rumeur, c'est une décision. Le ton de la voix dit déjà l'importance de ce qu'elle annonce.
Faire le point
Expression orale
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