Langue française🎓 objectif bac

Projet 4 — La nouvelle fantastique Rédiger une nouvelle fantastique

Le lexique du fantastique et l'expression de l'incertitude

🔊 La maîtresse lit pour toi
« Horreur ! il n'y avait rien. » « Je ne peux même pas donner l'ombre d'une idée de ce à quoi ressemblait cette chose. » « Après tout, qui sait ? » Trois narrateurs, trois récits — et le même aveu : ils ne savent pas vraiment ce qu'ils ont vu. Pourtant, ils l'écrivent. Avec quels mots dit-on la peur, et comment écrit-on un témoignage qui fait douter de lui-même ?
🎓في نهاية هذا الدرس ستكون قادرا على:
  • التعرّف على الحقول المعجمية للخوف والقلق وعدم الفهم في القصّة العجائبية
  • التعرّف على أفعال الإدراك والشكّ والتردّد (⁦sembler, paraître, croire, se demander⁩) وعلى أدوات التلطيف (⁦peut-être, probablement⁩)
  • تعليل أثر هذا المعجم: يُلقي الشكّ على موضوعية شهادة الراوي
  • التعرّف على معجم ما لا يوصف: ⁦l'indescriptible, l'innommable⁩
  • إعادة كتابة وصف هادئ في صورة ظهور مقلق بتغيير المعجم
🔑يفترض هذا الدرس أنّك تتقن:
  • الحقل المعجميّ
  • الصفة ودورها في الوصف
  • الراوي والراوي الوسيط في القصّة العجائبية (⁦narrateur-relais⁩)

① Le champ lexical de la peur et de l'incompréhension

معجم الخوف والقلق وعدم الفهم: الكلمات هي التي تُخيف.

Le fantastique n'a pas besoin de monstres pour faire peur : il lui suffit de mots. Le lexique du récit fantastique exprime l'incompréhension, la peur et l'angoisse du narrateur, et il prépare ainsi le lecteur à vivre le fait étrange avec lui. Trois familles de mots le composent : — la peur : épouvante, angoisse, horreur, terreur, effroi ; un frisson, un choc affreux ; — l'incompréhension : étrange, bizarre, inexplicable, incompréhensible, mystérieux ; — l'indicible, quand les mots manquent : l'inconcevable, l'indescriptible, l'innommable. S'y ajoutent les adjectifs qui renforcent la description — lugubre, hagard, crispé, affreux, horrible : ils colorent chaque objet de l'angoisse du narrateur.

Le lexique de la peur, chez trois auteurs

« Je sentais ma raison sombrer dans l'épouvante ; le surnaturel m'enveloppait ! […] Une minute d'incertitude de plus, c'était la folie. Je n'y tenais plus et, d'une main crispée d'angoisse, m'étant avancé vers un des masques, je soulevai brusquement sa cagoule. Horreur ! il n'y avait rien. […] Fou de terreur, j'arrachai la cagoule du masque assis dans la salle voisine. » — Jean Lorrain, Histoires de masques « Il y avait quelque chose de si étrange et de si bizarre dans tout cela que je me sentis troublé et presque sur le point de défaillir. » — B. Stoker, L'invité de Dracula « […] cela est si bizarre, si inexplicable, si incompréhensible, si fou ! » — G. de Maupassant, Qui sait ? → Chez Stoker et chez Maupassant, les mots de l'incompréhension s'accumulent, reliés par « si » : le narrateur ne trouve pas UN mot juste, il en essaie plusieurs.

Chez Lorrain, relève les termes qui expriment les sensations du narrateur. Comment sont-ils organisés, et quelle impression le lecteur ressent-il ?
استخرج من نصّ لوران الألفاظ الدالّة على أحاسيس الراوي. كيف انتظمت؟ وما الانطباع الذي تتركه في القارئ؟

Les termes : « sombrer dans l'épouvante », « une minute d'incertitude de plus, c'était la folie », « une main crispée d'angoisse », « Horreur ! », « Fou de terreur » — et, plus loin dans le texte, « une horreur me prenait », « un doute affreux m'étreignit au cœur ». Ils sont organisés en gradation : chaque sensation est plus forte que la précédente, jusqu'à la folie, jusqu'au doute sur soi-même — « si moi aussi j'avais cessé d'exister ». ⟹ Le lecteur ressent une angoisse qui monte avec celle du narrateur. Il ne regarde plus la scène de l'extérieur : il y est enfermé avec lui.

« […] j'aperçus, en pied, effrayante, vivante, l'inconcevable, l'indescriptible, l'innommable monstruosité […]. Je ne peux même pas donner l'ombre d'une idée de ce à quoi ressemblait cette chose […]. » (H. P. Lovecraft) Relève les expressions qui montrent la difficulté qu'a le narrateur à décrire le phénomène.
استخرج العبارات التي تُظهر صعوبة وصف الراوي لهذه الظاهرة.

— trois adjectifs de l'indicible : « l'inconcevable, l'indescriptible, l'innommable » — un préfixe de négation, in-, et un suffixe de possibilité, -able ou -ible : ce qu'on ne peut pas concevoir, pas décrire, pas nommer ; — un aveu direct : « Je ne peux même pas donner l'ombre d'une idée de ce à quoi ressemblait cette chose » ; — un mot vide : « cette chose » — le narrateur n'a pas de nom à donner, alors il prend le plus vague de tous. ⟹ Le narrateur éprouve des difficultés à donner une idée précise du phénomène — et c'est ce vide qui fait peur : le lecteur doit imaginer lui-même ce qu'on renonce à lui décrire.

② L'expression de l'incertitude

التعبير عن الشكّ: الراوي لا يجزم، بل يتردّد، فيشكّ القارئ معه.

Un narrateur fantastique n'affirme pas : il hésite. Pour dire son incertitude, il dispose de trois outils : — les verbes exprimant la perception, le doute, l'hésitation : sembler, paraître, croire, supposer, se demander, hésiter ; — les modalisateurs, qui retirent à la phrase sa certitude : peut-être, probablement, on dirait ; — l'interrogation, quand le narrateur se pose à lui-même la question qu'il ne peut pas trancher. Ensemble, ces procédés laissent planer le doute sur l'objectivité du témoignage du narrateur : le lecteur ne sait plus s'il doit le croire. Et c'est voulu — la nouvelle fantastique exprime l'angoisse et le doute du personnage au moyen de l'indécision des perceptions, pour amener le lecteur à éprouver un sentiment semblable.

Des narrateurs qui doutent

« Était-ce bien la même maison que j'avais vue tout à l'heure ? […] Et la maison me sembla changée à donner le frisson. » — Villiers de l'Isle-Adam, L'intersigne « D'un coup d'œil rapide j'interrogeai son visage, me demandant : — Est-ce un fou, ou un mauvais plaisant ? » — G. de Maupassant, La main « Si je n'étais sûr de ce que j'ai vu […], je me croirais un simple halluciné, le jouet d'une étrange vision. Après tout, qui sait ? » — « Peut-être une simple syncope ? oui ! probablement ! » — G. de Maupassant, Qui sait ? → Chaque fois, un verbe, un adverbe ou une question retire au narrateur sa certitude : il ne dit pas « c'était », il dit « il me sembla », « peut-être », « qui sait ? ».

Dans la fin de « La main », à propos du corps de l'Anglais, on lit : « On dirait qu'il a été étranglé par un squelette. » Est-ce une affirmation ou une hypothèse ? Pourquoi ?
هل هذه الجملة إثبات أم افتراض؟ ولماذا؟

Une hypothèse. « On dirait » est un modalisateur : le conditionnel « dirait » et le pronom indéfini « on » retirent à la phrase toute certitude. Personne n'affirme qu'un squelette a étranglé l'Anglais ; on dit seulement que cela y ressemble. ⭐ Et c'est tout l'art du fantastique : l'idée du surnaturel est posée dans l'esprit du lecteur — un squelette, peut-être la main desséchée — sans que personne l'ait affirmée. Le lecteur est laissé seul avec son doute.

③ Un même lieu, deux lexiques

مكان واحد ووصفان: يتغيّر المعجم فيتحوّل الهدوء إلى قلق.

Les deux extraits qui suivent décrivent la même maison, à quelques instants d'intervalle. Seul le regard du narrateur a changé : il est victime d'un « intersigne », pressentiment qui annonce la mort de celui qui habite cette maison. Rien n'a bougé — ni les murs, ni les fenêtres, ni la végétation. Ce qui a changé, ce sont les mots : c'est le lexique qui fait basculer le lieu du paisible à l'angoissant.

La même maison, deux regards

I — « L'aspect champêtre de cette maison, les croisées et leurs jalousies vertes, les trois marches de grès, les lierres et les roses qui s'enchevêtraient sur les murs jusqu'au toit, d'où s'échappait, d'un tuyau à girouette, un petit nuage de fumée, m'inspirent des idées de recueillement, de santé et de paix profondes. » II — « Était-ce bien la même maison que j'avais vue tout à l'heure ? Quelle ancienneté me dénonçaient maintenant les longues lézardes, entre les feuilles pâles ? – cette bâtisse avait un air étranger ; les carreaux illuminés par les rayons d'agonie du soir brûlaient d'une lueur intense ; […] Et la maison me sembla changée à donner le frisson, et les échos du lugubre coup de marteau, que je laissais tomber dans mon saisissement, retentirent, dans l'intérieur de cette demeure comme les vibrations d'un glas. » Villiers de l'Isle-Adam, L'intersigne, 1867

Quelles transformations rendent la deuxième description angoissante ? Relève les mots qui appartiennent au champ lexical de la vieillesse et de la mort, puis ceux qui désignent les sentiments du narrateur.
ما التحوّلات التي جعلت الوصف الثاني مقلقا؟ استخرج ألفاظ حقل الشيخوخة والموت، ثمّ ألفاظ مشاعر الراوي.
Dans la description IDans la description II
les jalousies vertes, les lierres et les rosesles longues lézardes, les feuilles pâles
un petit nuage de fumée : la maison vitles rayons d'agonie du soir, une lueur intense
des idées de recueillement, de santé et de paixle frisson, le saisissement, les vibrations d'un glas

— la vieillesse et la mort : « ancienneté », « lézardes », « feuilles pâles », « rayons d'agonie », « lugubre », « glas » ; — les sentiments du narrateur : « le frisson », « mon saisissement » — et l'étrangeté : « cette bâtisse avait un air étranger ». ⟹ Les mêmes objets reviennent, mais leurs mots ont changé de camp : la vie (fumée, roses, santé) laisse la place à la mort (agonie, glas).

Dans la deuxième description, quelles expressions et quelle ponctuation marquent l'incertitude du narrateur ? Relève les adjectifs appréciatifs.
ما العبارات وعلامات الترقيم التي تدلّ على شكّ الراوي في الوصف الثاني؟ استخرج صفات التقدير.

— les expressions : « Était-ce bien la même maison… ? » — le narrateur doute de ses propres yeux ; « la maison me sembla changée » — le verbe « sembler » ne garantit rien ; « un air étranger » — une apparence, pas un fait ; — la ponctuation : deux points d'interrogation d'entrée, puis un tiret qui casse la phrase, comme une pensée qui se reprend ; — les adjectifs appréciatifs : « longues lézardes », « feuilles pâles », « lueur intense », « lugubre coup de marteau ». Dans la première description, ils étaient mélioratifs (« champêtre », « paix profondes ») ; ici, ils sont péjoratifs. ⟹ Le narrateur ne dit jamais « la maison a changé » : il dit qu'elle lui sembla changée. Tout le fantastique tient dans cet écart.

Faire le point

أعد قراءة هذه الخلاصة مرّتين، ثمّ أغلق الصفحة وأعد صياغتها بكلماتك. هي التعريف الذي ستوظّفه في الامتحان.
Relis ce paragraphe deux fois, puis ferme la page et reformule-le avec tes mots. C'est la définition que tu réutiliseras en épreuve.
Les verbes exprimant la perception, le doute, la certitude, l'hésitation…, les adjectifs renforçant une description et un champ sémantique de la peur, de l'angoisse, de l'incompréhension, laissent planer le doute sur l'objectivité du témoignage du narrateur-relais.

Expression écrite

تمرين قصير: حوّل هذا « المشهد الشاعريّ » إلى ظهور مقلق، بتغيير المعجم وحده.
Réécris ce texte en faisant tous les changements nécessaires pour transformer cette « vision poétique » du narrateur en une apparition inquiétante. « Je m'approchais de la fenêtre pour regarder le jardin dont j'apercevais les arbres. Il était fort grand, ombragé, superbe. Un large chemin contournait un gazon où s'égrenait dans l'air un jet d'eau, entrait sous les massifs, en ressortait plus loin. Et tout à coup, là-bas, tout au fond, entre deux taillis d'arbustes, trois femmes apparurent. Elles marchaient lentement en se tenant par le bras, vêtues de longs peignoirs blancs bordés de dentelles. Deux étaient blondes et l'autre brune. Elles rentrèrent aussitôt sous les arbres. Je demeurai saisi, ravi devant cette courte et charmante apparition qui fit surgir en moi tout un monde poétique. » — Guy de Maupassant, L'ami Patience, 1883 Quatre contraintes, et elles résument la leçon : ① les adjectifs mélioratifs (grand, superbe, charmante) deviennent péjoratifs ; ② au moins trois mots du champ de la peur ou de l'incompréhension ; ③ au moins deux marques d'incertitude — un verbe comme sembler ou se demander, un modalisateur comme peut-être ou on dirait ; ④ une question que le narrateur se pose, sans y répondre.
Ce point de langue tombe sous des consignes comme : « Relevez les mots qui appartiennent au champ lexical de la peur », « Quelles expressions et quelle ponctuation marquent son incertitude ? », « Relevez les expressions qui montrent la difficulté qu'a le narrateur à décrire le phénomène ». Aie trois choses prêtes : ① trois familles de mots — la peur (épouvante, terreur, angoisse), l'incompréhension (étrange, inexplicable), l'indicible (indescriptible, innommable) ; ② les outils du doute — sembler, paraître, croire, se demander ; peut-être, probablement, on dirait ; la question que le narrateur se pose ; ③ l'effet à nommer — ce lexique laisse planer le doute sur l'objectivité du témoignage. ⚠️ L'erreur à éviter : un relevé sans classement. Dix mots jetés en vrac ne rapportent presque rien ; les mêmes, rangés en champs et suivis de leur effet (« la gradation fait monter l'angoisse du lecteur »), font toute la réponse.
Ce que je retiens — Le récit fantastique fait peur avec des mots. Son lexique exprime l'incompréhension, la peur et l'angoisse — épouvante, terreur, horreur ; étrange, inexplicable — et jusqu'à l'indicible : l'indescriptible, l'innommable, ce que le narrateur ne parvient pas à décrire. À ce lexique s'ajoutent les marques de l'incertitude : des verbes de perception et de doute (sembler, paraître, croire, se demander), des modalisateurs (peut-être, probablement, on dirait), des questions que le narrateur se pose. Ensemble, ils laissent planer le doute sur l'objectivité du témoignage : le lecteur ne sait plus s'il doit croire ce qu'on lui raconte, et il éprouve le même trouble que le personnage. Un même lieu peut ainsi devenir angoissant sans changer : il suffit de changer les mots qui le décrivent.

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