Projet 4 — La nouvelle fantastique › Rédiger une nouvelle fantastique
Les temps du récit et les procédés de suggestion
- التمييز بين أزمنة الحكي المنقطع عن وضعية التلفّظ (passé simple, imparfait) وأزمنة تدخّل الراوي (présent, passé composé)
- تصريف أفعال حكاية بحسب انقطاعها عن وضعية التلفّظ أو ارتباطها بها
- التعرّف على الوقفة الوصفية والحذف (la pause, l'ellipse) وأثرهما في إيقاع السرد
- التعرّف على أساليب الإيحاء: الوصف الذاتيّ، والتشبيه والاستعارة، وإحياء الجماد
- كتابة حكاية تتضمّن وقفة وصفية وحذفا وصورة موحية
- أزمنة السرد وقيمها: passé simple, imparfait, plus-que-parfait
- وضعية التلفّظ: المتكلّم وزمن التكلّم
- التشبيه والاستعارة
① Les temps verbaux : raconter, puis intervenir
Un récit fantastique fait jouer deux systèmes de temps, et il passe de l'un à l'autre. — Quand le récit est coupé de la situation d'énonciation — personne n'y dit « je », rien n'y renvoie au moment où l'on écrit —, il se raconte avec les temps que tu connais : le passé simple pour les actions qui se suivent, l'imparfait pour le décor et ce qui dure, le plus-que-parfait pour ce qui s'est passé avant. — Quand le narrateur intervient, pour commenter ou pour témoigner, ou quand le récit est relayé par un narrateur qui dit « je », le texte est ancré dans la situation d'énonciation : il passe au présent et au passé composé, les temps de celui qui parle maintenant. Le fantastique aime ce passage : un témoin qui écrit « aujourd'hui » ce qui lui « est arrivé » rend l'invraisemblable plus proche — et plus inquiétant.
« Le 25 mars, un événement tout à fait étrange s'est produit à Saint-Pétersbourg. Le barbier Ivan Iakovlévitch […] s'éveilla d'assez bonne humeur et sentit l'odeur du pain chaud. » — N. Gogol, Le Nez → La première phrase, au passé composé, est celle du narrateur qui annonce ; dès la deuxième, le passé simple prend le relais : l'histoire commence. « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Je vais donc écrire enfin ce qui m'est arrivé ! […] Je suis aujourd'hui dans une maison de santé ; mais j'y suis entré volontairement, par prudence, par peur ! » — G. de Maupassant, Qui sait ? → « je », « aujourd'hui », le présent et le passé composé : le récit est ancré dans le moment où le narrateur écrit. Il témoigne, il ne raconte pas de loin.
Ce récit est coupé de la situation d'énonciation. Conjugue les verbes entre parenthèses : « Il n'était resté à Jean Valjean qu'une sœur plus âgée que lui, veuve, avec sept enfants. Cette sœur (élever) Jean Valjean, et tant qu'elle (avoir) son mari, elle (loger) et (nourrir) son jeune frère. Le mari (mourir). Jean Valjean (venir) d'atteindre sa vingt-cinquième année. Il (remplacer) le père, et (soutenir) à son tour la sœur qui l'(élever). » (V. Hugo, Les Misérables)Ce récit est coupé de la situation d'énonciation. Conjugue les verbes entre parenthèses : « Il n'était resté à Jean Valjean qu'une sœur plus âgée que lui, veuve, avec sept enfants. Cette sœur (élever) Jean Valjean, et tant qu'elle (avoir) son mari, elle (loger) et (nourrir) son jeune frère. Le mari (mourir). Jean Valjean (venir) d'atteindre sa vingt-cinquième année. Il (remplacer) le père, et (soutenir) à son tour la sœur qui l'(élever). » (V. Hugo, Les Misérables)هذه الحكاية منقطعة عن وضعية التلفّظ: صرّف الأفعال التي بين قوسين.
« Cette sœur éleva (ou avait élevé) Jean Valjean, et tant qu'elle eut son mari, elle logea et nourrit son jeune frère. Le mari mourut. Jean Valjean venait d'atteindre sa vingt-cinquième année. Il remplaça le père, et soutint à son tour la sœur qui l'avait élevé. » — passé simple (logea, nourrit, mourut, remplaça, soutint) : les actions se suivent, chacune achevée ; — imparfait (venait d'atteindre) : un état, à ce moment-là du récit ; — plus-que-parfait (l'avait élevé) : ce qui s'est passé avant — elle l'avait élevé autrefois, et c'est lui, maintenant, qui la soutient. ⚠️ Le piège : écrire « la sœur qui l'a élevé ». Le passé composé ramènerait le narrateur dans le récit ; or ce récit est coupé de la situation d'énonciation.
Cette fois, le narrateur intervient. Conjugue : « Il y (avoir) dans la civilisation des moments de malheur redoutables ; ce sont ces moments où la pénalité (prononcer) un naufrage. Quelle minute funèbre que celle où la société (s'éloigner) et (consommer) l'irréparable abandon d'un être pensant ! Jean Valjean (être condamné) à cinq ans de galère. » (V. Hugo, Les Misérables)Cette fois, le narrateur intervient. Conjugue : « Il y (avoir) dans la civilisation des moments de malheur redoutables ; ce sont ces moments où la pénalité (prononcer) un naufrage. Quelle minute funèbre que celle où la société (s'éloigner) et (consommer) l'irréparable abandon d'un être pensant ! Jean Valjean (être condamné) à cinq ans de galère. » (V. Hugo, Les Misérables)هنا يتدخّل الراوي: صرّف الأفعال التي بين قوسين.
« Il y a dans la civilisation des moments de malheur redoutables ; ce sont ces moments où la pénalité prononce un naufrage. Quelle minute funèbre que celle où la société s'éloigne et consomme l'irréparable abandon d'un être pensant ! Jean Valjean fut condamné à cinq ans de galère. » — Les quatre premiers verbes sont au présent : le narrateur intervient pour réfléchir, et sa réflexion vaut pour toujours — c'est un présent de vérité générale ; — le dernier revient au passé simple : « fut condamné ». La réflexion finie, le récit reprend son cours. ⟹ Un seul paragraphe, deux systèmes : c'est exactement le passage que le récit fantastique exploite.
② La durée : la pause et l'ellipse
Un récit n'avance pas toujours au même pas. Le temps de l'histoire — ce qui se passe — et le temps de la narration — ce qu'on met à le raconter — ne coïncident presque jamais. Deux procédés font varier ce rythme : — la pause : le narrateur suspend pour un temps le fil de l'histoire, par exemple pour une description qui n'a pas d'incidence sur la suite. Pendant la pause, l'histoire n'avance plus ; l'imparfait de description domine ; — l'ellipse narrative : le narrateur passe sous silence certains événements ou certaines périodes. Elle est signalée par des expressions temporelles marquant la durée : des mois plus tard, vingt ans après, des années passèrent. Le récit fantastique joue sur ces rythmes variables : pause, accélération, ellipse. Le phénomène apparaît, s'amplifie, et s'estompe brusquement.
LA PAUSE — « J'étais entré par désœuvrement chez un de ces marchands de curiosités dits marchands de bric-à-brac. […] Le magasin de mon marchand de bric-à-brac était un véritable capharnaüm ; tous les siècles et tous les pays semblaient s'y être donné rendez-vous ; une lampe étrusque de terre rouge posait sur une armoire de Boule […] ; une duchesse du temps de Louis XV allongeait nonchalamment ses pieds de biche sous une épaisse table du règne de Louis XIII […]. Une armure damasquinée de Milan faisait miroiter dans un coin le ventre rubané de sa cuirasse […]. Le marchand me suivait avec précaution dans le tortueux passage pratiqué entre les piles de meubles. » — D'après Théophile Gautier, Le pied de la Momie L'ELLIPSE — « Avec un air grave et compassé le mage rentre dans la chambre et dit […] : « Comtesse Edwige, et vous, comte Lodbrog, deux influences ont présidé à la naissance d'Oluf, votre précieux fils […]. » […] Oluf a bientôt quinze ans. Son caractère devient de plus en plus inexplicable […]. Comme les mois s'envolent, et plus vite encore les années ! Edwige repose maintenant sous les arches ténébreuses du caveau des Lodbrog. […] Oluf, le fils brun et blond d'Edwige la désolée, a vingt ans aujourd'hui. » — D'après Théophile Gautier, Le chevalier double, 1840
Dans le texte de la boutique, la narration avance-t-elle entre la première et la dernière phrase ? Quel est le temps dominant ? Justifie son emploi.Dans le texte de la boutique, la narration avance-t-elle entre la première et la dernière phrase ? Quel est le temps dominant ? Justifie son emploi.في نصّ الدكّان، هل يتقدّم السرد بين الجملة الأولى والأخيرة؟ ما الزمن الغالب؟ علّل استعماله.
Non, elle n'avance pas. Les personnages n'apparaissent qu'au début (« J'étais entré ») et à la fin (« Le marchand me suivait ») ; entre les deux, le narrateur décrit le magasin, objet après objet — une lampe étrusque, une armoire de Boule, une armure de Milan. Rien ne se passe : c'est une pause. Le temps dominant est l'imparfait : « était », « semblaient », « posait », « allongeait », « faisait miroiter ». C'est l'imparfait de la description : il installe un décor, il ne fait pas avancer l'action. ⭐ Et regarde ce que fait cette pause : les meubles s'y comportent comme des êtres — une duchesse (un meuble) « allongeait nonchalamment ses pieds de biche ». La pause ne sert pas qu'à décrire : elle prépare le lieu où l'étrange va surgir.
Dans l'extrait du « Chevalier double », combien de temps s'écoule entre la naissance d'Oluf et la dernière phrase ? Le narrateur rapporte-t-il tous les événements de cette période ?Dans l'extrait du « Chevalier double », combien de temps s'écoule entre la naissance d'Oluf et la dernière phrase ? Le narrateur rapporte-t-il tous les événements de cette période ?كم من الوقت يمرّ بين ولادة أولوف والجملة الأخيرة؟ وهل يروي الراوي كلّ أحداث هذه الفترة؟
Vingt ans : de la naissance d'Oluf (« deux influences ont présidé à la naissance d'Oluf ») à « Oluf […] a vingt ans aujourd'hui ». Et le narrateur ne rapporte pas tout : il saute des années entières. — « Oluf a bientôt quinze ans » : toute l'enfance tient en quelques lignes ; — « Comme les mois s'envolent, et plus vite encore les années ! » : l'ellipse est dite en toutes lettres ; — « Edwige repose maintenant sous les arches ténébreuses du caveau » : sa mort n'est pas racontée — on apprend seulement qu'elle a eu lieu. ⟹ Ce sont des ellipses narratives, signalées par des expressions de durée. Elles accélèrent le récit vers le moment qui compte : Oluf à vingt ans, et l'étoile rouge qui le tourmente.
③ Les procédés de suggestion : faire sentir sans dire
Le récit fantastique ne nomme presque jamais ce qui fait peur : il le suggère. Trois procédés s'y emploient : — la description subjective, faite selon la perspective du narrateur : elle crée une atmosphère angoissante, ménage une pause qui contribue au suspense, et sert de lieu de passage vers le monde surnaturel ; — les métaphores, les comparaisons, les périphrases : le narrateur éprouve des difficultés à donner une idée précise du phénomène, et il rend son langage le plus expressif possible par ces figures ; — les indices de brouillage entre des domaines que la raison sépare — l'inanimé et l'animé, l'objet et sa représentation, l'animal et l'homme, la vie et la mort. Ils renvoient à des personnages étranges, des objets trompeurs, des lieux fermés propres à la surprise, des troubles de la conscience.
« Je fus frappé par le fait qu'il faisait bien plus froid qu'au début de ma promenade, une sorte de léger bruit comme un soupir semblait m'entourer, accompagné, plus en hauteur, d'une sorte de grondement assourdi. […] je repris ma route… Tandis que je regardais, l'air s'emplissait d'un frémissement froid et la neige commença à tomber. […] je hâtai le pas pour me mettre à l'abri sous le bois qui était devant moi. Le ciel devenait de plus en plus sombre ; et de plus en plus rapide et de plus en plus épaisse tombait la neige. […] Le vent, alors, devint de plus en plus insistant, et se mit à souffler avec une force de plus en plus grande, si bien que je dus courir devant lui. L'air devint glacial et, en dépit de mon exercice, je commençai à souffrir. La neige tombait maintenant avec une telle épaisseur et tourbillonnait autour de moi en remous si rapides que je pouvais difficilement garder les yeux ouverts. » — B. Stoker, L'invité de Dracula
Relève les verbes qui montrent l'animation des éléments et ceux qui montrent la progression du personnage. Montre que la description se fait sur ces deux axes.Relève les verbes qui montrent l'animation des éléments et ceux qui montrent la progression du personnage. Montre que la description se fait sur ces deux axes.استخرج الأفعال الدالّة على حركة عناصر الطبيعة، والأفعال الدالّة على تقدّم الشخصية. بيّن أنّ الوصف يسير على هذين المحورين.
| L'animation des éléments | La progression du personnage |
|---|---|
| l'air s'emplissait d'un frémissement froid | je repris ma route |
| la neige commença à tomber | je hâtai le pas |
| le vent devint de plus en plus insistant, se mit à souffler | je dus courir devant lui |
| la neige tourbillonnait autour de moi | je commençai à souffrir |
Les deux axes avancent ensemble : plus le personnage avance, plus les éléments s'animent — et ils finissent par le pousser (« je dus courir devant lui »). Le vent est « insistant », un mot qu'on dit d'une personne ; un bruit passe « comme un soupir ». ⟹ La nature se comporte comme un être vivant qui poursuit le narrateur : c'est le brouillage entre l'inanimé et l'animé. Personne n'a nommé de présence surnaturelle — et pourtant le lecteur la sent, avant même que tombe la phrase finale : « c'était la nuit de Walpurgis ! ».
Dans l'extrait du « Chevalier double », que suggèrent ces images sans le dire ? « l'étranger au doux regard de tigre, au charmant sourire de vipère » ; « un jour il est bon comme un ange, un autre jour il est méchant comme un diable » ; « quoiqu'il soit seul, il paraît converser avec un interlocuteur invisible ».Dans l'extrait du « Chevalier double », que suggèrent ces images sans le dire ? « l'étranger au doux regard de tigre, au charmant sourire de vipère » ; « un jour il est bon comme un ange, un autre jour il est méchant comme un diable » ; « quoiqu'il soit seul, il paraît converser avec un interlocuteur invisible ».ما الذي توحي به هذه الصور دون أن تصرّح به؟
— « au doux regard de tigre, au charmant sourire de vipère » : deux métaphores animales, chacune accolée à un mot aimable. L'étranger séduit et menace à la fois ; le texte suggère un être dangereux, peut-être maléfique, sans jamais l'accuser ; — « bon comme un ange », « méchant comme un diable » : deux comparaisons qui font d'Oluf un enfant double, habité par deux natures ; — « il paraît converser avec un interlocuteur invisible » : le verbe « paraître » refuse d'affirmer, et l'interlocuteur n'a pas de corps. ⟹ Les images disent ce que le narrateur ne dit pas : Oluf porte en lui un double, lié à l'étranger — l'œuvre s'intitule d'ailleurs Le chevalier double. Le lecteur n'apprend rien de certain : il pressent.
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