Projet 2 — Le débat d'idées › Concéder ou réfuter dans un débat
Concéder et réfuter — Compréhension de l'écrit
- التعرّف على مؤشّرات حضور الكاتب ومخاطَبه في نصّ حجاجيّ
- تحديد اللوم الموجّه إلى الكاتب، وما يعترف به منه وما يرفضه
- التعرّف على التنازل (concéder) والدحض (réfuter) في النصّ
- تعليل استعمال الأسئلة البلاغية التي لا تحتمل إلّا جوابا واحدا
- كتابة ردّ على لوم يبدأ بالاعتراف وينتهي بالدحض
- مؤشّرات التلفّظ والضمائر
- الأطروحة والحجّة
- روابط التعارض والنتيجة: mais, donc, enfin
(J.-J. Rousseau a confié ses cinq enfants aux Enfants-Trouvés, organisme qui correspond aujourd'hui à l'assistance publique. Il a été pour cela l'objet de multiples attaques.) À Madame de Francueil, Paris, le 20 avril 1751. Oui, madame, j'ai mis mes enfants aux Enfants-Trouvés ; j'ai chargé de leur entretien l'établissement fait pour cela. Si ma misère et mes maux m'ôtent le pouvoir de remplir un soin si cher, c'est un malheur dont il faut me plaindre, et non un crime à me reprocher. Je leur dois la subsistance, je la leur ai procurée meilleure ou plus sûre au moins que je n'aurais pu la leur donner moi-même. Vous connaissez ma situation, je gagne au jour la journée mon pain avec assez de peine ; comment nourrirais-je encore une famille ? Et si j'étais contraint de recourir au métier d'auteur, comment les soucis domestiques et les tracas des enfants me laisseraient-ils, dans mon grenier, la tranquillité d'esprit nécessaire pour faire un travail lucratif ? Les écrits que dicte la faim ne rapportent guère et cette ressource est bientôt épuisée. Il faudrait donc recourir aux protections, à l'intrigue, au manège, briguer quelque vil emploi ; le faire valoir par les moyens ordinaires, autrement il ne me nourrira pas, et me sera bientôt ôté ; enfin, me livrer moi-même à toutes les infamies pour lesquelles je suis pénétré d'une si juste horreur. Nourrir, moi, mes enfants et leur mère, du sang des misérables ! Non, madame, il vaut mieux qu'ils soient orphelins que d'avoir pour père un fripon. (au jour la journée : au jour le jour) Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, Booking International, Paris, 1994.
Observation
Observe les éléments périphériques du texte. Quelles hypothèses de sens peux-tu formuler ?Observe les éléments périphériques du texte. Quelles hypothèses de sens peux-tu formuler ?لاحظ العناصر المحيطة بالنصّ: ما الفرضيات التي يمكنك صياغتها؟
| Élément | Ce qu'il dit | Ce qu'on en déduit |
|---|---|---|
| Le chapeau | Rousseau a confié ses cinq enfants aux Enfants-Trouvés et a été attaqué pour cela | le texte sera une réponse à une attaque |
| Le titre | « Lettre à Madame de Francueil » | une lettre : une destinataire précise, à qui l'on répond |
| L'en-tête | « Paris, le 20 avril 1751 » | un texte du XVIIIe siècle, daté et situé |
| L'auteur | Jean-Jacques Rousseau | l'accusé répond lui-même, à la première personne |
Hypothèse avant lecture : une lettre où Rousseau se défend d'une accusation. Reste à voir comment — va-t-il nier, ou reconnaître ?
Lecture analytique
L'auteur se manifeste-t-il dans le texte ? Quels sont les indices qui y renvoient ?L'auteur se manifeste-t-il dans le texte ? Quels sont les indices qui y renvoient ?هل يظهر الكاتب في النصّ؟ وما القرائن الدالّة على ذلك؟
Oui, à chaque ligne. Les indices : — le pronom « je » : « j'ai mis », « je leur dois », « je gagne », « je suis pénétré » ; — les pronoms « me », « moi » : « me plaindre », « me reprocher », « moi-même », « Nourrir, moi, mes enfants » ; — les possessifs : « ma misère et mes maux », « ma situation », « mon grenier ». ⟹ C'est un plaidoyer personnel : l'auteur parle de lui, pour se défendre lui-même.
À qui s'adresse-t-il ?À qui s'adresse-t-il ?لمن يتوجّه الكاتب؟
À Madame de Francueil — l'en-tête la nomme, et le texte l'interpelle deux fois : « Oui, madame », « Non, madame ». Il la prend aussi à témoin : « Vous connaissez ma situation ». Remarque où tombent les deux « madame » : au premier mot du texte et à la dernière phrase. Entre « Oui » et « Non », toute la lettre est un chemin — de l'aveu au refus.
Que lui reproche son interlocutrice ? Relève l'expression qui le montre.Que lui reproche son interlocutrice ? Relève l'expression qui le montre.ماذا تلومه مخاطَبته؟ استخرج العبارة الدالّة على ذلك.
Elle lui reproche d'avoir mis ses enfants aux Enfants-Trouvés — d'avoir renoncé à les élever lui-même. Le texte le montre en reprenant le reproche mot pour mot : « Oui, madame, j'ai mis mes enfants aux Enfants-Trouvés », et en nommant le jugement qu'on porte sur cet acte : « un crime à me reprocher ». Pour son interlocutrice, c'est une faute.
L'auteur accepte-t-il ces reproches ? Relève l'expression qui le montre.L'auteur accepte-t-il ces reproches ? Relève l'expression qui le montre.هل يقبل الكاتب هذا اللوم؟ استخرج العبارة الدالّة على ذلك.
Il accepte le fait, il refuse le jugement. — Le fait, il l'admet sans détour : « Oui, madame, j'ai mis mes enfants aux Enfants-Trouvés ». — Le jugement, il le rejette : « c'est un malheur dont il faut me plaindre, et non un crime à me reprocher ». ⟹ C'est tout le mouvement du texte : admettre ce qui est recevable — l'acte a bien eu lieu — pour mieux contester ce qu'on en conclut.
Observe les questions posées dans le deuxième paragraphe. Quelles réponses l'auteur attend-il ?Observe les questions posées dans le deuxième paragraphe. Quelles réponses l'auteur attend-il ?لاحظ الأسئلة المطروحة في الفقرة الثانية: ما الأجوبة التي ينتظرها الكاتب؟
Il n'en attend qu'une, à chaque fois — et c'est un « non » : — « comment nourrirais-je encore une famille ? » → je ne le pourrais pas ; — « comment les soucis domestiques et les tracas des enfants me laisseraient-ils […] la tranquillité d'esprit nécessaire pour faire un travail lucratif ? » → ils ne me la laisseraient pas. Ce ne sont pas de vraies questions : la réponse est contenue dans la question.
Pourquoi, d'après toi, l'auteur utilise-t-il ce procédé ?Pourquoi, d'après toi, l'auteur utilise-t-il ce procédé ?في رأيك، لماذا استعمل الكاتب هذا الأسلوب؟
Pour que ce soit son interlocutrice elle-même qui donne la réponse. Une affirmation se discute ; une question dont la réponse est évidente oblige l'autre à conclure dans le sens voulu. C'est la question oratoire : elle ne peut avoir qu'une réponse possible, celle voulue par le locuteur. Et elle prend Madame de Francueil à témoin — « Vous connaissez ma situation » : elle ne peut pas répondre autrement sans nier ce qu'elle sait.
Quels arguments J.-J. Rousseau utilise-t-il pour justifier son acte ?Quels arguments J.-J. Rousseau utilise-t-il pour justifier son acte ?ما الحجج التي يستعملها روسو لتبرير فعله؟
- Sa misère et ses maux lui ôtent le pouvoir d'élever ses enfants : c'est un malheur, pas un choix.
- L'établissement leur assure une subsistance meilleure ou plus sûre que celle qu'il aurait pu leur donner.
- Il gagne son pain au jour le jour, avec peine : il ne pourrait pas nourrir une famille.
- Le métier d'auteur ne suffirait pas : « Les écrits que dicte la faim ne rapportent guère », et les enfants lui ôteraient la tranquillité d'esprit nécessaire.
- Les autres moyens — protections, intrigue, vil emploi — seraient des infamies.
Remarque l'ordre : il part de sa situation (la misère), passe à l'intérêt des enfants (une subsistance plus sûre), puis ferme toutes les autres issues une à une.
Pour quelle raison J.-J. Rousseau refuse-t-il de recourir aux moyens ordinaires pour prendre en charge sa famille ?Pour quelle raison J.-J. Rousseau refuse-t-il de recourir aux moyens ordinaires pour prendre en charge sa famille ?لماذا يرفض روسو اللجوء إلى الوسائل المعتادة لإعالة أسرته؟
Parce que ces moyens seraient malhonnêtes : « recourir aux protections, à l'intrigue, au manège, briguer quelque vil emploi », « me livrer moi-même à toutes les infamies pour lesquelles je suis pénétré d'une si juste horreur ». Nourrir sa famille ainsi, ce serait la nourrir « du sang des misérables ». ⟹ Rousseau enferme la question dans un choix impossible : ou confier ses enfants à l'établissement, ou devenir un « fripon » pour les nourrir. C'est un dilemme — et entre les deux, sa conclusion tombe : « il vaut mieux qu'ils soient orphelins que d'avoir pour père un fripon ».
Où Rousseau concède-t-il, et où réfute-t-il ? Montre le passage de l'un à l'autre.Où Rousseau concède-t-il, et où réfute-t-il ? Montre le passage de l'un à l'autre.أين يتنازل روسو، وأين يدحض؟ بيّن الانتقال من هذا إلى ذاك.
| Mouvement | Le passage | Ce que fait l'auteur |
|---|---|---|
| Il concède | « Oui, madame, j'ai mis mes enfants aux Enfants-Trouvés » | il admet le fait reproché |
| Il réfute | « c'est un malheur dont il faut me plaindre, et non un crime à me reprocher » | il nie la vérité du jugement porté sur ce fait |
| Il retourne | « il vaut mieux qu'ils soient orphelins que d'avoir pour père un fripon » | l'acte reproché devient le seul choix honnête |
⟹ La concession ne l'affaiblit pas : en accordant ce qui est indiscutable, il se rend crédible — et c'est avec ce crédit qu'il conteste le reste.
Faire le point
Expression écrite
| Étape | Ce qu'elle fait | Ce que tu écris |
|---|---|---|
| Le reproche, reformulé | tu montres que tu l'as entendu | « Vous me reprochez de passer trop de temps avec mes amis. » |
| La concession | tu admets ce qui est vrai | … |
| La réfutation | tu nies que ce soit une faute, avec des arguments | … |
| La question oratoire | une question qui n'admet qu'une réponse | … |
| La conclusion | tu retournes le reproche | … |
Corrige ton tableauCorrige ton tableauصحّح جدولك بمقارنته بهذا.
| Étape | Ce qu'on peut écrire |
|---|---|
| La concession | « C'est vrai, je rentre souvent tard, et j'ai parfois oublié l'heure. » |
| La réfutation | « Mais ces heures ne sont pas perdues : c'est avec eux que je révise, et c'est à eux que je parle quand quelque chose ne va pas. » |
| La question oratoire | « Préféreriez-vous un fils qui ne sort jamais, et qui ne parle à personne ? » |
| La conclusion | « Ce que vous prenez pour du temps perdu, c'est ce qui m'aide à grandir. » |
Si ta ligne « concession » ne concède rien de réel, ta réfutation perdra sa force : c'est parce qu'on accorde ce qui est vrai qu'on est cru sur le reste.
Compare avec un modèleCompare avec un modèleقارن ما كتبتَه بهذا النموذج.
« Oui, vous avez raison : je passe beaucoup de temps avec mes amis, et il m'est arrivé de rentrer plus tard que promis. Mais ce temps n'est pas perdu. C'est avec eux que je prépare mes devoirs de mathématiques, parce qu'à plusieurs on comprend mieux ; c'est à eux que je confie ce que je n'ose pas encore vous dire. Préféreriez-vous un fils qui ne quitte jamais sa chambre, et qui ne parle à personne ? Je vous promets de respecter les heures que vous fixerez. Mais ce que vous prenez pour du temps perdu, c'est ce qui m'aide à grandir. » ⚖️ Regarde ce que ce modèle fait, et fais pareil : il concède (« Oui, vous avez raison »), réfute par des arguments précis (réviser, se confier), pose une question oratoire, et retourne le reproche dans la dernière phrase.
Expression orale
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© Madrassati — leçon rédigée par Madrassati · madrassati.net