Projet 2 — Le débat d'idées › S'inscrire et prendre position dans un débat
S'inscrire et prendre position dans un débat — Compréhension de l'oral
- التعرّف، بالاستماع، على نقاش جماعيّ: المتحدّثون، ومواقفهم، وطريقة كلّ واحد في أخذ الكلمة
- التمييز بين موضوع النقاش وقواعد إدارته
- تحديد دور مسيّر النقاش (modérateur) وأهمّيته
- التعبير شفويّا عن موقف في نقاش، مع احترام رأي الآخر
- التعرّف على الحوار في النصّ: الشرطة وأفعال القول
- التمييز بين الرأي والحجّة
- أخذ رؤوس أقلام أثناء الاستماع دون كتابة كلّ شيء
Le document à écouter
(Nous sommes à Tlemcen en 1939. Hamid Serradj, un citadin instruit, invite les fellahs de Beni-Boublen à se réunir pour réfléchir et discuter de leur condition misérable.) - Nous sommes ici pour discuter ensemble, fit Hamid Serradj. Il ne s'agit pas que l'un de nous fasse de beaux discours et que les autres l'écoutent. Chacun participera à la discussion et donnera son avis. - Ce serait une idée parfaite ! s'écria Ba Dedouche. Mais est-ce que tout le monde est capable de formuler une opinion ? Si tu parles des anciens, oui : ils ont la sagesse et l'expérience ! Mais les autres… les autres… qu'est-ce qu'ils sont ? Ba Dedouche fronça les sourcils de défi tout en dévisageant l'assistance. - Ouvrons la discussion, déclarèrent quelques-uns. Nous n'avons que trop tardé ! - Alors je donne mon avis, proclama Ba Dedouche, ignorant délibérément ce qui venait d'être dit. Si les citadins et les fellahs pouvaient s'unir, le passage vers un monde plus facile deviendrait possible. Mais c'est irréalisable ! Nous savons ce qu'on attend de nous, s'écria-t-il encore avec force. C'est nous qui régénérons cette terre ! Une voix profonde me dit que nous sommes désignés pour réaliser ce grand dessein. Ba Dedouche se tut et s'abîma dans une austère réflexion. - Oserais-je poser une question ? fit d'une voix douce Slimane. Jusqu'alors, il avait observé une attitude pleine de réserve. - Je serais heureux, très heureux de savoir si nous sommes en séance ou s'il s'agit d'une simple rencontre entre fellahs, réunis ici pour bavarder de choses et d'autres. Que l'assemblée remarque bien que je ne fais que poser une question. Je n'aurai pas l'indigne prétention de faire allusion à quoi que ce soit. - Je propose simplement d'ouvrir la séance, dit Hamid Serradj, il faudrait alors un raïs ! Il donnera la parole à chacun d'entre nous, qui estime avoir quelque chose à dire. - Un raïs ? qu'est-ce qu'un raïs vient faire dans une réunion de fellahs ? demanda quelqu'un. - Mais moi, je n'ai pas besoin d'un raïs pour prendre la parole ! protesta Ba Dedouche. Je peux la prendre tout seul ! - Voilà, répondit Hamid Serradj. Nous nous sommes réunis pour discuter de choses qui nous tiennent à cœur. Nous serons donc plusieurs à vouloir parler. Mais si nous parlons en même temps, celui qui est à l'Est n'entendra pas celui qui est à l'Ouest. Le désordre et la confusion s'empareront de nos propos malgré toute la bonne volonté. Si les choses dont nous voulons discuter nous tiennent donc à cœur, il est indispensable qu'un raïs préside la séance, donne la parole à celui qui la demandera et veille à ce que rien ne dérange notre réunion. - Tu parles bien, frère ! - Bénis soient tes aïeux ! - Un raïs ! Un raïs ! qui sera le raïs ? - Sid Ali ! Sid Ali ! dirent plusieurs personnes. - Tout le monde est d'accord ? Sid Ali aussi ? questionna Hamid Serradj. Alors tout va bien. SOURCE — Mohamed DIB, L'Incendie, éd. Le Seuil, 1954.
Première écoute — ce que tu repères sans rien noter
Pourquoi ces personnages sont-ils réunis ? Et de quoi parlent-ils vraiment dans le passage que tu as écouté ?Pourquoi ces personnages sont-ils réunis ? Et de quoi parlent-ils vraiment dans le passage que tu as écouté ?لماذا اجتمعت هذه الشخصيات؟ وعمّ تتحدّث فعلا في المقطع الذي استمعت إليه؟
Ils sont réunis pour discuter de leur condition : Hamid Serradj « invite les fellahs de Beni-Boublen à se réunir pour réfléchir et discuter de leur condition misérable ». Il le redit lui-même : « Nous nous sommes réunis pour discuter de choses qui nous tiennent à cœur. » ⟹ Mais remarque : tout le passage ne parle pas encore de cette misère. Il parle de la manière de discuter. Avant de débattre du fond, il faut s'entendre sur la forme.
À qui appartiennent les propos que tu as entendus ?À qui appartiennent les propos que tu as entendus ?لمن الأقوال التي سمعتها؟
— Hamid Serradj, le citadin instruit qui a réuni l'assemblée : il ouvre la discussion, propose un raïs et explique pourquoi ; — Ba Dedouche, qui parle fort et souvent ; — Slimane, qui ne parle qu'une fois, « d'une voix douce » ; — des voix sans nom : « quelques-uns », « quelqu'un », « plusieurs personnes » — l'assemblée elle-même. ⟹ À l'oreille, un débat se reconnaît d'abord à cela : plusieurs voix, et chacune avec sa manière.
Les participants ont-ils tous la même attitude ?Les participants ont-ils tous la même attitude ?هل للمشاركين جميعا الموقف نفسه؟
Non — et les verbes qui introduisent leurs paroles le disent : — Ba Dedouche « s'écria », « proclama », « protesta » : il parle haut, il s'impose ; — Slimane parle « d'une voix douce », lui qui avait jusque-là « observé une attitude pleine de réserve » ; — quelques-uns « déclarèrent » : « Nous n'avons que trop tardé ! » — ils s'impatientent ; — Hamid Serradj « fit », « dit », « répondit », « questionna » : il ne crie jamais, il explique et il consulte. ⟹ Dans une même salle, quatre attitudes : celui qui s'impose, celui qui se réserve, ceux qui s'impatientent, celui qui concilie.
Deuxième écoute — ce que tu notes
La première réplique apporte des précisions aux participants : concernent-elles le thème de la discussion, ou la manière de la mener ?La première réplique apporte des précisions aux participants : concernent-elles le thème de la discussion, ou la manière de la mener ?هل تتعلّق توضيحات الردّ الأوّل بموضوع النقاش أم بطريقة إدارته؟
La manière de la mener. « Il ne s'agit pas que l'un de nous fasse de beaux discours et que les autres l'écoutent. Chacun participera à la discussion et donnera son avis. » Hamid ne dit rien encore du sujet. Il fixe une règle : pas d'orateur unique, la parole à tous. ⟹ C'est le premier geste de tout débat : s'accorder sur les règles avant d'aborder le fond.
« Donner son avis » : quelle expression de même sens as-tu entendue ?« Donner son avis » : quelle expression de même sens as-tu entendue ?ما العبارة التي سمعتها بمعنى « إبداء الرأي »؟
« formuler une opinion » — dans la bouche de Ba Dedouche : « est-ce que tout le monde est capable de formuler une opinion ? » Et la question elle-même est un piège : Ba Dedouche doute que « les autres » — ceux qui ne sont pas des « anciens » — aient une opinion à donner. C'est exactement ce que la première réplique voulait éviter.
Qui, parmi les participants, se fait le plus remarquer ? Pourquoi ?Qui, parmi les participants, se fait le plus remarquer ? Pourquoi ?من يلفت الانتباه أكثر من بين المشاركين؟ ولماذا؟
Ba Dedouche — et pas en bien : — il met en doute la capacité des autres à avoir une opinion ; — il donne son avis « ignorant délibérément ce qui venait d'être dit » : il n'écoute pas ; — il fronce « les sourcils de défi tout en dévisageant l'assistance » ; — il refuse la règle commune : « Mais moi, je n'ai pas besoin d'un raïs pour prendre la parole ! Je peux la prendre tout seul ! » ⟹ Il est le portrait de ce qui fait échouer un débat : parler sans écouter, et prendre la parole au lieu de la recevoir.
Selon Hamid Serradj, que fera le raïs ? Et pourquoi en faut-il un ?Selon Hamid Serradj, que fera le raïs ? Et pourquoi en faut-il un ?ما الذي سيقوم به « الرئيس » حسب حميد سرّاج؟ ولماذا نحتاج إليه؟
Il « préside la séance, donne la parole à celui qui la demandera et veille à ce que rien ne dérange notre réunion ». Et Hamid en donne la raison par une image que l'oreille retient : « si nous parlons en même temps, celui qui est à l'Est n'entendra pas celui qui est à l'Ouest. Le désordre et la confusion s'empareront de nos propos malgré toute la bonne volonté. » ⟹ Le raïs, c'est ce qu'on appelle le modérateur d'un débat.
Pourquoi l'atmosphère se détend-elle à la fin ? Justifie ta réponse.Pourquoi l'atmosphère se détend-elle à la fin ? Justifie ta réponse.لماذا يهدأ الجوّ في آخر النصّ؟ علّل جوابك.
Parce que Hamid a convaincu — sans imposer. Il n'a pas répondu à Ba Dedouche par un ordre, mais par un raisonnement : plusieurs voudront parler ; si tous parlent ensemble, personne n'entendra ; il faut donc quelqu'un pour donner la parole. La détente s'entend dans les dernières répliques : « Tu parles bien, frère ! », « Bénis soient tes aïeux ! », puis l'accord sur un nom — « Sid Ali ! Sid Ali ! » — et la vérification de Hamid : « Tout le monde est d'accord ? Sid Ali aussi ? […] Alors tout va bien. » ⟹ Remarque son dernier geste : Hamid demande l'accord de tous, y compris de celui qu'on désigne. Il ne décide pas à leur place.
Faire le point
Expression orale
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